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La Matinale du jeudi 06 novembre 2014 by Les Matinales Rcm on Mixcloud

Barrage de Sivens; itinéraire d’une contestation

Locale, puis nationale, la contestation prend de l’ampleur. Deux semaines ont suffit pour que le gouvernement cède politiquement, puis s’ingère dans les décisions du conseil général du Tarn.

La découverte du corps de Rémy Fraisse, étudiant en biologie, à deux heures du matin sur le site du Tarn provoque une stupeur à l’échelle nationale. Dès lors, les évènements s’enchaînent, rapides, incontrôlables. Le gouvernement s’ingère dans une affaire de collectivité locale ; cette affaire concerne l’Etat dans son ensemble. l’AFP révèle le contenu d’un rapport d’expertise commandé par le ministère de l’Ecologie dès lundi 27 octobre. La gestion du projet est ouvertement remise en cause. Un véritable tacle porté sur le fond. Les deux ingénieurs responsables du rapport soulignent une sous-estimation des finances nécessaire au projet et des besoins surestimés.« L’Etat, mais de quel droit ? » titre Médiapart dans la journée. L’affaire touche bientôt le gouvernement. Les écologistes charge l’exécutif dès le mardi 28 octobre. Cécile Duflot ne mâche plus ses mots. L’ancienne ministre du logement qualifie cette affaire de tache indélébile sur le gouvernement. José Bové s’insurge aussi. Selon lui, Bernard Cazeneuve serait l’un des responsables de la situation. Puis la contestation gagne l’hémicycle. A l’occasion d’une intervention à l’assemblée nationale le député François de Rugy, du parti Europe Ecologie les verts, considère que ce drame marque l’échec du gouvernement. Bref, les verts s’indignent. Au Front de gauche, la parole n’est pas plus tendre. Mélenchon réclame la démission du ministre de l’intérieur.

Mercredi 29, au tour de la justice d’entrer sur scène. Une information judiciaire est ouverte par le parquet de Toulouse pour « violences volontaire ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner ». Deux juges d’instructions se charge alors du dossier. Le rôle de la police dans cette affaire suscite l’interrogation. Acculé, Thierry Carcenac, président socialiste du conseil général du Tarn suspend vendredi le chantier.

Puis le ton monte.

Ce n’est pas assez. La rue souhaite une justice. Et la justice une vérité. Tempête dans l’hexagone. Dijon, Nantes, Toulouse ; les manifestions du samedi dégénèrent. 30 manifestants sont interpellés. Le lendemain, la tension gagne les quartiers nord de la capitale. A l’occasion d’une manifestation non autorisé dans le XIXème arrondissement de Paris, 78 personnes sont interpellées. La lutte contre le barrage de Sivens change de cause. Désormais, c’est la violence d’Etat que la rue dénonce. Par-delà nos frontières, s’entend l’écho des cris révoltés.
Puis les révélations s’enchaînent ; rythmées par la presse. La compagnie générale des coteaux de Gascogne, détenu majoritairement par des représentants de conseils généraux, se chargerait de la plupart des projets de répartition d’eau. Certains dénoncent un conflit d’intérêt. Mais cela n’est pas tout. Depuis 2012, le gouvernement connaît les risques du dossier. le Testet, collectif pour la protection du site, avait averti Delphine Bateau. Dès octobre 2012, l’ancienne ministre de l’écologie s’oppose au projet par l’intermédiaire d’un moratoire. Françoise Dedieu Casties, vice-président Europe Ecologie les Verts du conseil régional du midi Pyrénées, alerte une seconde foi le nouveau ministre d’alors, Philippe Martin. Deux ans plus tard, Ségolène Royale tente de réparer les pots cassés. Apaiser, tel est l’objectif. . Elle organisait ce dernier mardi une réunion entre les différents acteurs du conflit. A l’issue de cette soirée, la modification du projet vers des solutions alternatives semble envisagée. La ministre a également renouvelé une demande d’évacuation du site. Trois experts en biodiversité, agronomie et hydrologie, devront s’y déplacer dans les jours prochains.